Kome’ichi Farm, lieu d’expérimentation et de communication

Comme je vous le disais dans le précédent post, j’ai pris légèrement du retard dans l’écriture de mes étapes. Remontons ensemble le temps pour revenir au 8 avril, jour de mon arrivée à Kome’ichi Farm. Je viens de traverser le centre de l’île d’Honshu pour aller dans la préfecture de Wakayama, juste en dessous d’Osaka. Je compte rester 10 jours ici, qui s’avéreront être épuisant physiquement.

L’agriculture naturelle de l’école d’Akame

Yohei est le jeune qui gère Kome’ichi depuis moins de 10 ans. Il s’est installé sur une ferme parentale déjà biologique, qu’il souhaite faire progresser. Pour ce faire, il a étudié l’agriculture naturelle à Akame Natural Farm (ferme-école naturelle incontournable au Japon, qu’il faudra que je visite) et compte appliquer ses enseignements. Pour faire simple, l’agriculture naturelle se différencie de l’agriculture biologique sur deux points : pas de compostage, pas de travail du sol. Ces deux choix modifient considérablement la gestion des cultures et des terres. Nous y reviendrons plus tard, lorsque je visiterai la ferme-école Akame Natural Farm.

Comme pour la plupart des agriculteurs japonais, Yohei fait de la riziculture et du maraichage. Pour autant, il travaille ses terres de manière très distinctes. Pour 60% d’entres elles, elles sont conduites selon les techniques d’Akame Natural Farm. 20% sont toujours conduites en agriculture biologique. Les 20% restants sont un mélange des deux. Il m’avoua que l’agriculture naturelle a une meilleure image aux yeux du consommateur. Ce a quoi il ajouta ce mode de production requière plus de travail manuel que l’AB, pour des rendements souvent plus faibles. C’est pourquoi, il continue de travailler une partie de ses terres en AB. Ce témoignage m’a surpris car j’avais entendu et vu l’inverse en Inde.

Il y a plusieurs explications à cela. Tout d’abord, Yohei a une surcharge de travail considérable. Il a une grande surface à gérer avec des moyens humains fluctuant. De plus, il s’active sur bien des activités autre que la production de riz et de légumes. En conséquent, il parait être débordé, dépassé. Il fait au mieux.

D’autre part, l’agriculture naturelle d’Akame présente une différence de taille avec celle de l’Inde. Elle se concentre sur les techniques de gestion du système de production mais n’englobe pas la conception elle-même du système, contrairement à ce que j’ai pu le voir en Inde. Disons que l’agriculture naturelle indienne favorise le mélange plantes et d’animaux (rotation de cultures mélangées) alors que celle du Japon reste sur un système de “mono-cropping” (rotation de cultures pures). Cette différence peut expliquer les difficultés rencontrées par Yohei. La visite d’Akame Natural Farm validera ou non cette supposition.

Beaucoup à dire sur Kome’ichi

Yohei est une personne qui ne peut s’empêcher de s’activer sur tous les fronts. Il veut tout faire, au risque d’être débordé de travail et d’être parfois dépassé par les événements. Pour autant, il obtient de nombreux retours positifs. Il créé une véritable dynamique autour de lui et est de plus en plus épaulé.

Il me dira qu’il s’est beaucoup dépensé pour sa ferme et pour les autres au début. Les retours étaient inexistants (rendements faibles, peu de soutien), ce qui l’affectait considérablement. Il a alors décidé de changer d’état d’esprit : continuer mais être moins exigent. Peu importe si les rendements sont faibles, que l’argent n’est pas là. Il peut vivre avec peu et s’en contente.

C’est alors que la roue à commencer à tourner. Il est aujourd’hui de plus en plus épaulé par son entourage. Les rendements restent faibles et fluctuants mais les réussites se multiplient.

Hier était dure, demain sera plus facile.

Aperçu des activités de Yohei

Yohei a mis en place plusieurs stratégies pour gérer ses productions. Il cherche à impliquer la population locale dans sa ferme de manière ludique grace à des ateliers “riz”, “blé” et “soja”. Ces ateliers proposent des activités du champ à l’assiette : préparation des terres pour les semis, entretien des cultures, récoltes, transformations et dégustations. À l’arrivée, vous aurez découvert le travail que mérite votre saké (riz), votre pain (blé) ou encore votre miso (soja).

En parallèle, Yohei s’est entouré d’autres agriculteurs biologiques du coin. Ensemble, ils ont créé la “Ranger Farmer Team”. L’appartenance à un groupe leur permet de s’identifier à leurs clients (commerces, consommateurs). C’est aussi et surtout un bon groupe de joyeux copains qui s’entre-aident, se soutiennent, se conseillent et rigolent ensemble.

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Yohei a décidé de se démarquer de l’agriculteur standard en faisant du pain et en tenant une pizzeria le week end. Cela lui permet de montrer sa différence et d’attirer d’une autre façon le consommateur. Dans la même continuité, Yohei va chercher son client en participant à de nombreux marchés de manière originale (en jouant du djembé, en se déguisant etc.), en faisant du porte à porte auprès des restaurateurs etc. Il a maintenant quelques “habitués” tels que des magasins de produits locaux. ces derniers vendent les produits du groupe “Ranger Farmers Team”.

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D’un point de vue moins agricole et plus personnel, Yohei fait de la sensibilisation du danger du nucléaire depuis la catastrophe de Fukushima. Jouer du djembé et distribuer des tracts est devenu un moyen de rappel de l’ampleur de l’accident et ses conséquences sur la santé des terres et des êtres vivants du Japon. Depuis que je suis au Japon, j’ai découvert à quel point ce sujet était sensible pour les agriculteurs de la moitié nord d’Honshu. En effet, nombreux m’ont interpellé sur le danger que représentait la pollution de l’environnement, que ce soit par les agents chimiques que, maintenant, par la radioactivité. En effet, c’est dommage de rendre des surfaces considérables de terres (plus ou moins) impropres à la production alimentaire à l’heure où la population mondiale augmente. Ainsi va le monde.

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Finissons par une note plus joyeuse, les membres de Kome’ichi Farm construisent un genre de petit éco-village destiné à l’hébergement des invités, des travailleurs et des volontaires (WWOOFers). Un petit coin sympa de vie commune.

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Ambiance et travail

Yohei accepte quiconque souhaitant venir. Kome’ichi Farm fonctionne avec 4 membres permanents dont la plupart sont à mi-temps. Les WWOOFers contribuent aussi à l’exécution des tâches de la ferme. J’ai côtoyé deux thaïlandaises, une jeune de Hong-Kong, un français et une australienne pendant mon séjour. C’est une ferme internationale ! Nous avons eu le temps de faire connaissance et de bien rigoler, du champ à la maison.

Et alors que se passe-t-il au printemps ? On fait les semis. Que sème-t-on en maraichage ? Plein de petites plantes qui demande grand soin. Et avant de semer/planter ? Il faut préparer les lits de semences. Les champs étant gorgés d’eau, il nous a fallu faire des buttes pour drainer la terre. Ainsi, nous avons alors passé la majeure partie de notre temps à creuser des tranchées et à planter des légumes. Un jour, ça va. Un jour sur deux pendant 10 jours, ça épuise. Sur la fin, je commençais mes journées sans la moindre énergie.

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Nous avons aussi fait du contrôle de « mauvaises herbes » en coupant la végétation aux pieds des légumes, puis en l’étalant sur la surface.

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Nous avons aussi coupé du bambou.

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Participé à un cours de cuisine.

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Mis des tuteurs pour du pois.

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Et comme dit et vu plus haut, nous avons fait du pain, des pizzas, participé à la construction du nouveau site d’hébergement des volontaires etc. Nous avons été bien occupés et personne ne s’en plaignait ! Lors de notre jour de repos, je suis allé visiter Koya San avec deux autres WWOOFers, comme vous avez pu le voir dans un article précédant. Ce séjour fut court et complet !

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Suite à Kome’ichi Farm, j’ai pris la direction de Kyushu pour rejoindre la ferme de Kazuhiro. Il me faudra d’abord traverser Shikoku et faire plein de belles choses. Mais ça aussi, vous le savez déjà.

La suite, bientôt !

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About terredinitiatives

Terre d’initiatives est une association fondée par des ingénieurs en agriculture. Elle a pour objet d’apporter un soutien technique et financier à des projets de voyage sur des thèmes de l’agriculture. Ces projets doivent donc être centrés sur la rencontre d’hommes et de femmes proposant de schémas de production et/ou de développement agricole innovants, originaux et plus globalement durables (sains, viables et équitables). Ces projets doivent être à l’initiative de jeunes diplômés ou de jeunes actifs issus d’écoles d’ingénieures en agriculture. Il est préférable qu’ils soient portés sur un voyage à l’Internationale et qu’il y ait des retombés locales (communication auprès de partenaires agricole français). Les membres du bureau sont : Joachim Duté (président) Lise Luczak (vice-présidente) Alexandre Vaillant (vice-président) Antoine Pineau (chargé de communication) Anaëlle Duté (trésorière)

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