Pitara Farm, jeune ferme de jeunes

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Enfin je vais vous raconter mon début de séjour sur Honshu, principale île du Japon. Je suis arrivé à Nartita (aéroport international proche de Tokyo) le 17 mars et me suis empressé de prendre la route pour Pitara Farm, ferme au nord-ouest de la préfecture de Yamanashi. Le transport ferroviaire est développé et efficace. Il est vraiment facile de s’y retrouver malgré la densité du réseau. Les destinations sont écrites en Japonais et en Anglais, ce qui aide vraiment. Par contre, il est impossible de trouver un interlocuteur parlant correctement anglais, et difficile de trouver une personne pouvant lire notre alphabet. Ecrire la destination n’aidera pas toujours. Il faut donc bien prononcer, parler doucement et utiliser que des mots clés (où, quand, comment, train, quai etc.). Je m’en sors très bien.

Il fait froid 

Comme expliqué dans le précédent article (Montagnes de Yamanashi) : le froid, la neige et les montagnes marqueront mon arrivée à Pitara Farm. Et dire que les huit premiers mois de mon voyage se sont déroulés sous un climat idéal. Les températures ont toujours été douces voire élevées. Que très peu d’averses ont perturbé mon quotidien (une tous les trois mois, et encore). Le Cambodge a couronné cette période avec son temps (très) chaud et sec. Et me voilà maintenant en hiver dans une zone montagneuse !

Les nuits sont fraîches (températures en dessous de zéro degré Celsius) et les matins sont glaciales (gelées). Dès que le soleil montre le bout de son nez, les températures remontent rapidement et rendent le travail agréable. Aïe aïe aïe, quelle idée j’ai eu de renvoyer en France mon pull de travail. Que dire de mon pantalon qui m’a lâché en Inde. Je l’ai remplacé par un pantalon Thaï (vêtement très ample), confortable en cas de grande chaleur, mais montre ses limites lorsqu’il caille. Voyant arriver le coup, j’ai demandé à mes parents de m’apporter des sous-vêtements thermiques (bas et haut en laine fine). Je ne vais pas le regretter. Je les ai portés  jour et nuit lors de mes premières semaines sur Honshu. Maintenant que le printemps est là, je me contente de les enfiler la nuit.

Une bonne équipe avec de bons objectifs

Ils sont trois : Taïto, Saïka et Hiroshi, à travailler sur la ferme. Plein d’envie, Taïto s’est installé avec son frère (reparti à Tokyo depuis un an) et Saïka. Hiroshi rejoindra l’aventure l’an dernier. Ensemble, ils souhaitent créer une ferme biologique intégrée dans son environnement sociale.

Comme ils me le diront souvent: les jeunes gens de Tokyo vivent entourés de béton et d’asphalte, ont les yeux constamment rivés sur un écran, travaillent dur toute la journée, partent tôt le matin, rentrent tard le soir, se sentent seules etc. Ces personnes côtoient l’inerte et le superficiel en permanence. Ils n’ont que très peu d’occasion de prendre conscience de la “réalité”, de la Vie qui les habite et qui les entoure, d’une Nature source infinie d’émerveillement etc. La beauté de ce qui anime la Vie rend finalement dérisoire nos plus complexes outils technologiques, alors qui nous fascinent tant.

Pour cela, ils tentent d’impliquer la population locale, et pas seulement, dans leur projet par la création d’un tissu sociale fort et intégré par la création d’un groupe. Ensemble, ils s’entre-aident, apprennent, se forment sur des sujets variés. Chacun est libre de proposer un atelier sur un thème qui l’intéresse. Les événements sont à destination de leurs voisins et de visiteurs occasionnels, familles, jeunes actifs etc.  Comme on le dit : “plus il y a de fous, plus on rit”. Et puis, les enfants sont toujours heureux de sortir et gambader à la ferme, entourés d’animaux et d’arbres. Cela soulage aussi les parents, qui s’adonneront volontiers à la confection de confitures, par exemple. Autrement dit, il s’agit de rendre le quotidien plus facile et agréable en s’occupant (ou travaillant si vous préférez) ensemble.

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Autant dire que j’étais dans mon environnement ici.

Taïto a passé trois ans à parcourir l’Asie et l’Europe. Il a traversé pas moins de 40 pays uniquement par voie terrestre ! Il aime découvrir de nouvelles façons de vivre et de voir la réalité. D’autre part, il souhaite être capable de répondre aux besoins les plus élémentaires de l’être humain (se nourrir, se vêtir, s’abriter etc.). C’est pourquoi, il s’est rapidement intéressé à une vie simple en campagne centré sur l’agriculture. Conscient de la nécessité de vivre entouré, il a cherché à s’installer avec plusieurs personnes dont son frère.

Saïka s’est alors joint à l’aventure. Elle a toujours voulu s’épanouir dans un environnement “naturelle”. Elle voyage beaucoup et a toujours été sensible à la Nature (et à ce qui la compose) et à la protection de l’environnement. Pour la petite anecdote, nous nous sommes aperçus que nous nous étions manqués à quelques jours près en Thaïlande. Racontant mon parcours, Saïka me demande où je suis allé en Asie du sud-est. Après avoir énuméré Bangkok, Chiang Mai puis Pai, elle me dit qu’elle y était aussi. Et voilà que nous nous apercevons que nous avons tous les deux séjournés à Tacomepai (ferme permacole à côté de Pai) et qu’elle a dû arriver quelques jours après mon départ !

En ce qui concerne Hiroshi, il était commercial agricole. Après la catastrophe de Fukushima, il a commencé à se poser des questions sur la vie qu’il menait. Peu satisfait de ce qu’il voyait de lui, il a décidé de changer radicalement. Il a quitté le mode de vie urbain où les préoccupations sont centrés sur l’emploi, l’argent, la compétition etc. Il se concentrera sur des sujets qu’il considère comme plus importants à la campagne. Il souhaite se rapprocher de ce qui a une réelle valeur : la Vie, la nourriture, les ami(e)s etc. et de s’éloigner de ce qui aveugle, de ce qui isole et rend individuel, de ce qui n’apporte aucun bonheur prolongé.

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Produire varié

Pitara Farm produit pas moins d’une dizaine de légumes, des céréales, des champignons etc. Une partie est transformée avant d’être vendu via des paniers de saison. Il utilise aussi les chaines de distribution locales (magasins spécialisés s’approvisionnement que localement, ils sont courant partout au Japon). Elle a aussi deux chèvres et deux belles poules, pour le fun.

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Pas de chance, je suis venu à la sortie de l’hiver. Il n’y a pas beaucoup de plantes dans les champs et il fait froid. Je ne verrais donc pas de beaux champs verdoyants rempli de cultures. Pour autant, cela ne m’empêchera pas de découvrir la diversité des produits de Pitara Farm. Parmi les légumes, la ferme récolte des “ground apple” (pomme de terre, qui n’est pas une patate). C’est un tubercule dont la texture croquante, juteuse et légèrement sucré rappelle la pomme. Un délice ! Bien sur, vous trouverez ici l’ensemble des légumes courant en France avec quelques surprises : patates, patates douces, tomates, carottes, radis japonais (50 cm de long !), panais, topinambours, navets, courges, haricots, citrouilles etc. La liste peut-être allongée de légumes japonais dont j’ai oublié le nom (japonais) et dont je ne connais aucunement la traduction.

Les membres de la ferme transforme les surplus des récoltes afin de les conserver et les consommer pendant les périodes creuses comme la fin de l’hiver. Les confitures et les radis sauce épicée sont monnaie courante ici. Ils font aussi du “miso”, une purée de soja fermentée à l’aide de malt tout comme de la sauce soja. Une entreprise presse leur canola et leur renvoi l’huile et le tourteau. Une autre prend leur blé pour en faire des pâtes.

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Une fois par semaine, nos agriculteurs préparent et livrent des paniers composés de produits frais et transformés (pâtes, huile, miso etc.) à leurs voisins. Malheureusement, ils comptent arrêter cette activité cette année car elle est trop gourmande en temps. Ils préfèrent se recentrer sur l’activité de production et sur la création d’une communauté locale basée sur l’entre-aide et le soutien. Pour autant, ils continueront de livrer des paniers de produits transformés de temps en temps.

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Manger varié

Chaque repas a été un délice. Taïto, Saïka et Hiroshi cuisinent merveilleusement bien. Généralement, il y a une personne en charge de la cuisine par repas et cela tourne régulièrement. Ils aiment préparer un ensemble de plats que nous disposons au milieu de la table. La soupe de miso est là tous les soirs. Le riz est incontournable ainsi que le radis japonais. J’ai eu le droit à des légumes fris dans l’huile, des sauces curies, du cerf grillé etc. Une explosion culinaire.

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Pour ma part, j’ai participé par la confection de petits plats bretons. Malgré l’absence d’aliments et d’instruments indispensables (lait, jambon, bilik, etc.), j’ai satisfait à la demande en confectionnant crêpes et galettes. J’ai même préparé une poule au pot peu avant mon départ, un vrai plat d’hiver accompagné d’une vinaigrette. Sensations garanties.

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Découverte des spécialités alcoolisées locales

Nous étions deux WWOOFers au début. J’ai rencontré Mike, jeune américain, à Pitara Farm. Il est reparti quelques jours après mon arrivée. Nous avons sympathisé et bien rigolé. J’ai eu un petit moment d’adaptation à son accent et à sa manière de parler. C’est le risque lorsque vous rencontrez une personne qui parle sa langue maternelle. Il faut s’accrocher ! Jeune amateur de Whisky, nous avons visité “Santory”, fabrique réputée de cet alcool.

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Plus tard dans la journée, nous avons déambulé dans une fabrique de Saké, fameux alcool de riz japonais.

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Nous avons même fait une seconde excursion avant mon départ. Cette fois-ci, nous avons visité un vignoble de la région. Une grande partie de Yamanashi est réputée pour ses grappes et ses vins. Pas malheureux !

Découverte des “hot spring” ou source d’eau chaude

Présentes sur une grande partie du territoire japonais, les sources d’eau chaude ont été aménagées pour accueillir un grand nombre de personnes. Disons qu’elles sont aussi courante au Japon que les piscines en France ! Ces établissements possèdent plusieurs bassins d’une eau à 40°C minimum peu profond où la détente est l’unique objectif. Sur le côté du bassin, des douches assises sont à disposition. Au Japon, on se lave avant de prendre un bain. Et il faut y aller en tenue d’Adam. Bien entendu, les bassins ne sont pas mixtes, chacun de son côté !

Au cours de mon séjour à Pitara Farm, je suis allé me décontracter pas moins de trois fois en 10 jours. J’y serais bien allé une fois par jour, d’autant que le prix est abordable pour les locaux (2 euros par séance). Pas de photos des “hot spring”, censuré !

Un peu de travail ?!

Bin oui j’ai travaillé. Ici, nous commençons la journée à 6h30 par nourrir les animaux et faire une petite bricole. Ensuite, nous prenons notre petit-déjeuner puis reprenons le travail pour la matinée. Les journées se terminent autour de 17h30. Nous faisions de très grosses journées de travail.

Nous avons passé du temps à démonter une serre détruite par la tempête de neige du mois dernier (si vous vous souvenez, tempête de neige exceptionnelle sur toute l’île d’Honshu). La région du nord de Yamanashi est riche de serres de maraichage. La plus grande partie a été détruite pendant cette évènement climatique extrême.

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J’ai pu valoriser mes compétences en coupant du bois de chauffe deux ou trois journées.

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Je me suis aussi affairé à trier des grains de soja au vu des futurs semis, préparer des colis de produits de la ferme (huile, pâtes, miso) ainsi que des sachets de “ground apple” destinés au magasin de produits locaux de la ville.

Et bien d’autres encore, mais il est temps de mettre quelques photos du paysage et de singes !

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A+ les loulous

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About terredinitiatives

Terre d’initiatives est une association fondée par des ingénieurs en agriculture. Elle a pour objet d’apporter un soutien technique et financier à des projets de voyage sur des thèmes de l’agriculture. Ces projets doivent donc être centrés sur la rencontre d’hommes et de femmes proposant de schémas de production et/ou de développement agricole innovants, originaux et plus globalement durables (sains, viables et équitables). Ces projets doivent être à l’initiative de jeunes diplômés ou de jeunes actifs issus d’écoles d’ingénieures en agriculture. Il est préférable qu’ils soient portés sur un voyage à l’Internationale et qu’il y ait des retombés locales (communication auprès de partenaires agricole français). Les membres du bureau sont : Joachim Duté (président) Lise Luczak (vice-présidente) Alexandre Vaillant (vice-président) Antoine Pineau (chargé de communication) Anaëlle Duté (trésorière)

2 responses to “Pitara Farm, jeune ferme de jeunes”

  1. Angélique says :

    Salut Jo !
    tes photos sont géniales, on a envie de passer à table avec toi et de tout goûter ! Et bravo encore pour la qualité de tes articles.
    On t’embrasse,

    • terredinitiatives says :

      Coucou Angélique,
      Merci. Je me suis amélioré pour prendre mes photos et écrire mes articles. Ce n’est pas une mauvaise chose 😉
      La cuisine japonaise est vraiment superbe. Des légumes, du riz, du soja et des poissons. Un délice pour les papilles.
      Je rentrerais avec quelques recettes !
      Joachim

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