Canaan Farm, ferme intégrée dans son environnement local

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Je suis parti de Canaan Farm (Okinawa) le 16 mars, physiquement épuisé mais amplement satisfait. Comme d’habitude, j’ai le coeur gros en quittant ceux que j’ai côtoyé pendant mon séjour. Je n’ai pas vu le temps passé tellement mes journées ont été occupées et entrainantes.

Keiji et Hanae Yoda est le couple qui a fondé Canaan Farm il y a cinq ans. Ce projet commun marque leur volonté de construire ensemble un mode de vie plus durable, que ce soit pour eux que pour leur entourage. Pour ce faire, ils ont choisi de se positionner sur l’alimentation, qui fut un aspect centrale de la culture japonaise (comme en France). Face aux changements de mode de vie, ils souhaitent sensibiliser la population à l’importance de connaitre l’origine de la nourriture, de la façon dont elle a été produite tout en savourant et graciant chaque bouchée. Ainsi, le projet de fonder une ferme-restaurant-hôtel s’est imposée de lui même.

Les avantages sont nombreux. Ils lient la production-transformation-consommation de produits locaux. Ils maitrisent une partie de leurs débouchés agricoles. Le restaurant-hôtel sert de vitrine gastronomique accessible des produits locaux etc.

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Une ferme

La ferme produit des fruits (ananas en grande quantité, et quelques goyaves et papayes) et des légumes (patates, toute sorte de courges, tomates, salades, radis etc., la liste est longue). Plus d’une centaine de cochons ont élu domicile ainsi qu’une dizaine de bovins.

La majeure partie des terres de la ferme étaient dédiées à la production de litchi lors de la reprise. Keiji et Hanae ont finalement abandonné cette production gourmande en travail pour un rendement souvent aléatoire. Dès le début, ils ont mis en place la production potagère afin d’alimenter le restaurant. Face à l’échec du verger de litchi, ils se sont tournés vers la production de viande animale car cela leur permet de recycler les déchets alimentaires de leur restaurant. Les animaux, en l’occurrence les cochons et les vaches, ne sont pas gourmands en terme de suivi car la croissance musculaire n’est pas optimale. Leur rôle est de valoriser ce qui aurait été perdu tout en produisant de la viande et donc de la valeur.

Nous distribuons un mélange de déchets alimentaires aux cochons tous les matins. En plus de cela, ces animaux mangent des pains, brioches etc. dont la date est dépassée deux à trois fois par semaine. Ils proviennent des petites surfaces locales. En ce qui concerne les déchets de restaurants, ils proviennent principalement d’un complexe hôtelier proche de la ferme. Keiji leur donne une ration riche et équilibrée afin de maitriser la finition pendant les deux derniers mois de la croissance des animaux. Il obtient ainsi une viande de qualité constante.

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Quant aux bovins, nous allons leur couper de l’herbe tous les matins. Après avoir dégusté une herbe fraichement récoltée, les animaux mangent un concentré. Cet aliment est composé d’un mélange de co-produits de fabrique de vin de riz, de poudre de balles de riz, d’un mélange de grain (maïs, blé et autres) et d’un liquide issu des fabriques d’alcools locales, légèrement acidulé. Ces mêmes aliments composent le concentré des cochons, avec des proportions différentes.

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Un restaurant-hôtel

Dès leur arrivée, ils ont restauré un bâtiment faisant face sur la côte. Il en ont fait un hotêl-restaurant appelé Canaan Slow (food, en opposition à fast food) Farm. Cette structure leur permet de valoriser la totalité des légumes produits par la ferme, ainsi qu’une partie des ananas et de la viande bovine et porcine. Elle leur offre la possibilité de reconstruire un lien entre le consommateur et le producteur, communicant ainsi sur l’importance de connaitre l’origine de sa nourriture et la façon dont elle a été produite.

Plutôt que de chercher à  servir des plats strictement biologique et être obligé d’importer des produits en dehors de l’île voir du Japon, ils ont préféré se positionner sur le local. Ainsi, les plats sont préparés avec des produits locaux (issus de leur ferme, des fermes alentours, des plateformes de distribution : grossistes) et occasionnellement de produits importés du reste du Japon.

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En fait, la production agricole japonaise est assurée par de grandes structures, comme par ailleurs. Pour autant, il est courant que les familles possèdent quelques terres et les cultivent pour leur propre consommation. Cela était vrai par le passé et le reste aujourd’hui grâce à la population de retraités. je m’explique, le Japon est un pays qui vieilli. Bon nombre de retraités s’adonnent à la production agricole une fois l’âge venu. Ils approvisionnent de temps en temps des marchés locaux, ou dans notre cas, un restaurant. Keiji et Hanae sont heureux de fonctionner avec eux.

Quotidien à Canaan Farm

J’ai logé avec Haggy, 44 ans, qui travaille ici depuis plus de trois mois. En trois semaines, nous avons eu le temps de nous familiariser. Pour tout vous dire, il ne nous a pas fallu longtemps. En effet, la première soirée passée ensemble annonçait la couleur. Haggy parle un peu anglais et moi pas du tout japonais. Pour autant, nous n’avons éprouvé aucune difficulté pour discuter et nous comprendre. Il me disait une phrase en japonais avec quelques mots d’anglais. De mon côté, c’était anglais et quelques mots de japonais. L’expression corporelle faisait le reste. Je n’ai pas arrêté de m’amuser avec lui. J’ai passé plusieurs soirées à lui demander des mots japonais, pour me familiariser avec la langue. Je voulais surtout créer des situations amusantes uniquement en japonais. Prenons un exemple. J’ai appris : je suis fatigué, c’est ennuyeux, j’ai fini, très bien, je suis heureux etc. Je les ai utilisé pendant le travail afin de dire : j’ai fini ! Ce à quoi il me répondait : il reste cela à faire. Je répliquais : je suis fatigué (ou : c’est ennuyeux) etc. J’utilisais ces mots de façon ironique, afin d’ajouter un peu d’humour pendant nos heures de travail. Un grand merci à ce “crazy and funny japonese man”.

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Je ne me suis pas éclaté qu’avec Haggy. J’ai aussi côtoyé Makiko et Aya, deux personnes travaillant au restaurant. Makiko est une franco-japonaise qui vit au Japon depuis un an maintenant. Nous avons pu parler français, non sans difficultés au début. Et oui, au bout d’un moment à se focaliser sur l’apprentissage d’une langue étrangère, on en finit par oublier sa langue maternelle. Il faut alors un moment pour que le cerveau refasse les réglages. Ceux que j’ai eu sur Skype ou au téléphone peuvent en témoigner. Makiko et Aya formait le duo jeune et dynamique du restaurant. Super moments passés avec elles.

Deux autres volontaires sont arrivés pendant mon séjour, un jeune couple d’Australie (Émily et Jona). Cela m’a rappelé mon court séjour dans cette magnifique contrée. Jona s’intéresse à la permaculture, encore un ! Et que dire de Hanae et Keiji. J’ai profité de chaque instant qu’il m’était offert avec eux.

Nous (le groupe de volontaires) avons eu l’occasion de participer à deux soirées organisées dans le restaurant. Il est courant que des groupes de personnes réservent le soir pour avoir un bon repas et passer la nuit sur la côte. Le restaurant a d’abord hébergé une soirée “promotion” de la cuisine locale organisée avec des cuisiniers de Tokyo. La soirée a été marquée par une débauche culinaire (plats gastronomiques avec vins biologiques français et italien). Très heureux d’apercevoir des étrangers, nous (Makiko et moi-même) avons été invités à partager un plat, quelques verres et surtout un tas de discussions amusantes.

La seconde soirée a été organisée pour un groupe de professeurs en séjour à Okinawa. Pour les mêmes raisons, nous (toujours Makiko et moi-même avec, cette fois, nos amis australiens fraichement arrivés) avons animé un peu plus la soirée. Ils étaient très curieux de savoir ce qui nous avait amené à venir ici, ce que l’on pensait du Japon etc. Bons moments.

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Et le travail dans tout cela ?!

En plus de Haggy, deux autres employés travaillent à la ferme. Kana a 20 ans et Kazu plus de 30 ans. Haggy encadre ces deux personnes et je suis arrivé en renfort pour travailler avec eux. Le soin des animaux prend l’ensemble de chaque matinée. Ce travail répétitif peut paraitre parfois ingrat. Pour autant, les tâches sont nombreuses et variées, donc pas de problème. Les circonstances ont fait que Haggy a été absent quatre jours en début de la seconde semaine de mon séjour. Keiji m’a alors totalement fait confiance et m’a donné la responsabilité de gérer le travail. J’ai saisi l’aubaine et me suis investi.

Je suis aujourd’hui capable de m’adapter et d’apporter rapidement. Je fais preuve de beaucoup d’envie dès que l’on me donne la possibilité de prendre des responsabilités et d’avoir de l’autonomie.

Nous avons fait une clôture, nettoyé le bâtiment des cochons, semé ou planté des légumes, récolté des ananas etc.

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Comme vous l’aurez compris, je ne garde que de très bons souvenirs de mon court passage à Canaan Farm. En d’autres termes : encore une bonne adresse.

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About terredinitiatives

Terre d’initiatives est une association fondée par des ingénieurs en agriculture. Elle a pour objet d’apporter un soutien technique et financier à des projets de voyage sur des thèmes de l’agriculture. Ces projets doivent donc être centrés sur la rencontre d’hommes et de femmes proposant de schémas de production et/ou de développement agricole innovants, originaux et plus globalement durables (sains, viables et équitables). Ces projets doivent être à l’initiative de jeunes diplômés ou de jeunes actifs issus d’écoles d’ingénieures en agriculture. Il est préférable qu’ils soient portés sur un voyage à l’Internationale et qu’il y ait des retombés locales (communication auprès de partenaires agricole français). Les membres du bureau sont : Joachim Duté (président) Lise Luczak (vice-présidente) Alexandre Vaillant (vice-président) Antoine Pineau (chargé de communication) Anaëlle Duté (trésorière)

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